Mariage de 'Abdullah
Mariage de 'Abdullah,
le père du Prophète ![]()
'Abdul-Muttalib, intendant de la ka'ba, sortit un jour du sanctuaire, tenant par la main 'Abdallâh, son fils préféré. Sur le parvis du temple, était assise une femme de la tribu des Beni Asad, nommée Qutayla, qui, à la vue du jeune homme, se dressa, manifestant une brusque surprise. Elle le dévisagea avec une insistance singulière, et fascinée par une lumière surnaturelle qui rayonnait sur son front, elle l'interpella :
- " Où vas-tu donc ainsi ? "
- " Là où me conduit mon père. "
- " Arrête-toi et écoute ; je t'offre cent chameaux, autant que ton père dut en sacrifier pour racheter ton existence, si tu consens à t'abattre sur moi, en cet instant ".
Stupéfait d'une telle impudeur, surtout en présence d'un personnage aussi respectable que l'était 'Abdul-Muttalib, 'Abdullâh répondit :
- " Je suis avec mon père et je ne puis lui désobéir ni le quitter".
Il se détourna, plein de confusion, et rejoignit 'Abdul-Muttalib qui le conduisit à la demeure de Wahb Ibn 'Abdi-Manâf, avec la fille duquel il avait projeté de le marier.
Wahb était lui-même un des seigneurs de la tribu des Beni Zuhra ; 'Abdul-Muttalib était lui-même un des princes de la tribu des Quraychites, une des plus nobles parmi les tribus arabes. Entre deux familles d'une noblesse aussi indiscutable, une alliance était facile, et le mariage de 'Abdullâh, fils de 'Abdul-Muttalib, avec Âmina, fille de Wahb, fut conclu sur-le-champ.
'Abdallâh emmena son épouse dans un château appartenant à son oncle Abû Tâlib ; il consomma le mariage et y demeura trois jours et trois nuits. Lorsqu'il en sortit, il rencontra de nouveau Qutayla cette femme qui l'avait interpellé précédemment avec si peu de retenue, et il fut surpris de la complète indifférence avec laquelle elle le regarda passer.
'Abdallâh était réputé être le plus beau des jeunes mecquois ; sa mâle prestance avait surexcité la passion de la plupart des femmes de la ville à un tel point que, à l'annonce de son mariage, elles étaient tombées malades, de dépit et de jalousie. Mais Qutayla n'était pas une vulgaire amoureuse ; elle était la soeur de Waraqa Ibn Nawfal, le savant célèbre, dans toute l'Arabie, par sa connaissance des Livres Sacrés ; elle avait appris de lui qu'allait naître, en ce pays, un Prophète dont le père serait reconnaissable à une lumière rayonnante sur son visage avec des reflets de perle ou d'étoile. Elle avait reconnu ce signe sur le front de 'Abdullâh, et conçu le rêve ambitieux de devenir la mère de l'Apôtre annoncé. Aussi, déçue dans son espoir, ne prêta-t-elle plus aucune attention à `Abdullâh, quelle que fût sa beauté.
Ce dernier, ignorant ces détails, se sentit froissé d'une telle indifférence, succédant si rapidement à une telle ardeur, et dit à Qutayla :
- "Eh bien ! Tu ne me renouvelles pas l'invitation que tu me fit tout récemment ?"
- "Qui es-tu ?"
- "'Abdullâh Ibn 'Abdul-Muttalib".
- "Ah! n'es-tu pas celui dont le front m'était apparu auréolé d'une lumière qui maintenant a disparu ? Qu'est-il donc arrivé, depuis notre rencontre ?"
Il lui raconta son mariage ; et Qutayla, comprenant que la Lumière accompagnant le futur Prophète, était passé du front de 'Abdullâh dans le sein d'Âmina, son épouse, lui dit :
- " Par Dieu ! Je n'avais pas fait erreur, j'avais découvert sur ton front une pure lumière que j'aurais désiré posséder dans mes entrailles. Mais, maintenant, elle appartient à une autre femme qui enfantera le " meilleur des êtres créés ", et il ne reste plus rien en toi qui me puisse intéresser."
C'est ainsi que 'Abdullâh apprit, de cette savante femme, la grossesse de son épouse et l'avenir réservé à son fils, qu'il ne devait pas avoir le bonheur de connaître, car il mourut à Yathrib deux mois avant la naissance de Muhammad
- qu'Allâh lui accorde la grâce et la paix -.
Âmina, la mère de l'Elu d'Allah
- Exalté soit-Il -, a dit :
- "Depuis le jour où j'ai porté mon fils dans mes entrailles, jusqu'au jour où je l'ai déposé, je n'ai jamais ressenti la moindre douleur. Je ne sentais même pas sa lourdeur et je ne me serais nullement doutée de mon état, si, après la conception, et au moment où je venais de m'endormir, un Ange ne m'était apparu et ne m'avait dit : "Ne t'aperçois-tu pas que tu es enceinte du Seigneur de ta nation, de son Prophète ? Apprends-le." Et au même instant, un rais de lumière, s'échappant de mon sein, s'élançant vers le Nord, jusque vers la terre de Syrie. Quand approcha le terme de ma délivrance, l'Ange m'apparut de nouveau et me recommanda : "Lorsque tu mettras au monde ton enfant tu réciteras ces paroles : "J'ai recours pour lui à la protection de Dieu l'Unique contre les méchancetés des envieux", et tu le nommeras Muhammad, c'est-à-dire le Louangé, nom sous lequel il est annoncé dans la Torah et dans l'Evangile, car il sera louangé par tous les habitants du ciel et de la terre."
Au moment du passage de la planète Jupiter, une traînée de lumière s'échappa pour la seconde fois du sein d'Âmina, dans la direction de la lointaine Syrie, et illumina les palais de la ville de Busra ; et, dans le même temps, d'autres prodiges étonnèrent le monde : Le lac Sawâ se dessécha subitement ; un violent tremblement de terre ébranla le palais de Chosroès et renversa quatorze de ses tours ; le Feu Sacré, allumé depuis plus de mille ans, s'éteignit, malgré les efforts de ses adorateurs persans, et toutes les idoles de la terre furent trouvées la tête honteusement courbée sur la poitrine.
Tous ces signes effrayèrent ceux qui en furent les témoins, mais, malgré les prédictions d'Al-Mudhannab, le devin des Persans, averti par un songe qu'un immense bouleversement dans les destinées de l'Univers serait causé par un événement survenu en Arabie, cet événement passa inaperçu : c'était la naissance d'un enfant Quraychite à la Mecque, petite ville perdue au milieu des déserts, et ignorée ou méprisée des fastueux monarques de l'Orient et de l'Occident.