Son évolution et la façon dont il faut l'envisager aujourd'hui
(prière et salut sur lui)Son évolution et la façon dont il faut l'envisager aujourd'hui
Par le Dr. Mohammad S. R. Al-Bouti
= Prière et salut sur luiIntroduction
La biographie du Prophète
ne vise pas uniquement à relater des faits historiques ou à décrire des aventures attrayantes ; elle ne doit pas être considérée comme une simple étude historique à l'instar de n'importe quelle biographie d'un calife ou un exposé se rapportant à une période de l'histoire.La biographie du Prophète
sert plutôt à montrer au Musulman la vérité de l'Islam dans son ensemble, non en tant que principes de l'esprit ou règles et jugements abstraits mais sous forme d'expériences vécues par le Prophète
partant réelles et concrètes ; autrement dit, la biographie du Prophète
n'est que la concrétisation de la vérité de l'islam et son application dans le réel à travers un modèle exemplaire : Mohammed
(paix et prière sur lui).Cette biographie doit viser les buts suivants :
1- Envisager la personnalité du Prophète
du point de vue de la Prophètie et de la Révélation à travers les évènements qu'il a vécus afin de prouver que Mohammed
ne se distingua pas seulement par son génie, mais qu'il fut avant tout un Prophète inspiré, soutenu, prévenu par Dieu.2- Montrer au lecteur l'idéal moral incarné dans le réel sous son image la plus nette, la plus complète et la plus parfaite : la personnalité du Prophète
Dieu fit de lui, le modèle à imiter par l'humanité entière en déclarant : "Vous avez, dans le Prophète de Dieu, un bel exemple" Les factions, 21)3- La biographie du Prophète
aide le musulman à mieux comprendre le Coran et se pénétrer de son esprit; nombre de versets trouvent en effet leur illustration et leur explication dans le comportement du Prophète
face aux évènements qu'il a dû affronter.4- Fournir au musulman des connaissances certaines et très étendues se rapportant à la doctrine de l'Islam, ses préceptes et sa morale; car il n'est pas de doute que la vie du Prophète
est la concrétisation et l'application parfaite de tous les principes de l'islam et de ses lois.5- Donner aux éducateurs et aux prêcheurs l'exemple d'une méthode d'enseignement et d'éducation très efficace. Le Prophète
s'avéra en effet être un pédagogue et un éducateur émérite au cours des différentes étapes de sa mission.La biographie du Prophète
répond à toutes ces exigences, sa vie présente tous les aspects humanitaires et sociaux que l'on rencontre chez l'homme en tant que membre efficace de la société.Sa biographie
nous offre l'exemple sublime d'un homme droit et honnête, fidèle à sa nation et à ses disciples, et ce, sous les différents aspects de sa personnalité multiples :- L'apôtre qui nous appelle à Dieu par la sagesse et la belle exhortation, luttant de toutes ses forces pour réaliser sa mission.
- Le chef d'État qui gère les affaires avec habilité et grande sagesse.
- l'époux exemplaire et le père affectueux sachant bien doser et partager les devoirs et les droits entre ses épouses et ses enfants.
- Le général qui mène son armée à la victoire ; le politicien sincère et astucieux; le musulman qui pratique ses devoirs religieux à la lettre, non pas en ermite solitaire et isolé mais en ascète se vouant à la cause de Dieu; le bon compagnon enfin qui plaisante et sourit en famille et parmi ses amis.
La biographie du Prophète devrait en un mot faire ressortir tous les aspects de la personnalité du Prophète
qui constitue en elle-même un exemple de perfection sur tous les plans.La biographie du Prophète
: Son évolution et la façon dont il faut l'envisager aujourd'huiLa biographie du Prophète et l'histoire :
Il est incontestable que la biographie du Prophète
constitue la base des évènements marquants qui forment l'histoire dont s'enorgueillissent les musulmans de toutes les langues et des différentes régions.Les musulmans ont écrit l'histoire à partir de cette biographie. les évènements qui jalonnent la vie du Prophète
(paix et prière sur lui), constituent les premiers maillons d'une chaîne d'évènements qui se sont suivis jusqu'à nos jours.On ne comprend ce que fut l'ère préislamique que rétrospectivement à la lumière de l'Islam, à travers la biographie de Mohammad
(paix et prière sur lui).La biographie du Prophète
constitue donc l'axe autour duquel tourne l'histoire de la péninsule arabique. Les évènements de la vie du Prophète
ont eu un impact profond sur les faits historiques ultérieurs dans la Péninsule arabique en premier lieu, puis sur ceux qui se sont déroulés dans le reste du monde islamique.Les historiens arabes et musulmans ont suivi une méthode scientifique précise qu'ils sont seuls à connaître afin d'observer les faits historiques et d'en identifier les évènements authentiques. Ils n'auraient pu découvrir cette méthode ni la mettre à exécution dans leurs écrits en l'absence d'une biographie du Prophète
(paix et prière sur lui). Car, la nécessité d'écrire cette biographie avec objectivité et authenticité les a poussés à rechercher cette méthode. Ils étaient conscients de l'extrême importance de cette biographie ainsi que la Tradition du Prophète
qui, selon eux, ouvraient la voie à la compréhension du Livre de Dieu et constituaient un exemple sublime de son application dans le réel. Entièrement convaincus que Mohammed
est l'envoyé de Dieu et que le Coran est la parole de Dieu, et conscients pleinement de leur immense responsabilité - celle de faire connaître cette révélation et d'agir en conséquence, ils essayèrent de toutes leurs forces de parvenir à une méthode scientifique capable de garantir l'authenticité de la biographie du Prophète
et la pureté de sa tradition.Je vise par la méthode scientifique les règles de terminologie de la tradition du Prophète
et le procédé selon lequel les biographes opèrent des changements et des suppressions dans les textes. La tradition repose tout entière sur la biographie du Prophète
(paix et prière sur lui). La méthode suivie dans la tradition est devenue par la suite celle de la reconstitution des faits historiques en général et le moyen utilisé pour distinguer les vérités historiques des mensonges et des fausses interprétations.Les musulmans considèrent la biographie du Prophète
comme la base de leurs écrits historiques et leur point de départ. Les règles scientifiques qu'ils suivent dans l'examen objectif des faits et des récits selon celles-là mêmes que d'autres musulmans ont inventées avant eux afin de préserver les premières sources de l'Islam des mensonges susceptibles de les altérer.Début et évolution de la biographie du Prophète
:La biographie du Prophète
a été écrite après la Tradition du point de vue chronologique ; il n'est pas étonnant que la rédaction de la Tradition du Prophète
précède celle de la biographie, car les disciples ont écrit la Tradition durant le vivant du Prophète
qui les y a autorisés voire leur a ordonné de la faire. Les disciples ont nettement remarqué la différence de style qui distingue le Coran de la Tradition, aussi ne les ont-ils jamais confondus; les disciples du Prophète
se faisaient transmettre oralement les faits vécus par le Prophète
et ses préceptes. Les biographes du Prophète
furent successivement 'Ourwa Ben Az-Zoubayr, mort en 95, Aban Ben 'Othman, décédé en 105, Wahb Ben Mounabbeh, mort en 110, Chourahbil Ben Sa'ad, mort en 123, Ibn Chihab Az-zahari, décédé en 134; ce fut le début d'un travail réellement scientifique et le coup d'envoi des écrits historiques dans tout le sens du terme. Un grand nombre des évènements relatés dans la biographie figurent d'ailleurs dans le Coran et dans la Tradition du Prophète
(paix et prière sur lui), cette dernière relevant surtout du tout ce qui, des faits et dires du Prophète
se rapporte à la législation. malheureusement, la plus grande partie de ces écrits fut abîmée au cours des ans . Toutefois, on prétend qu'une partie de ce qu'à écrit Wahb Ben Mounabbeh est conservée à Heidelberg en Allemagne.Mais tout ce que ces auteurs avaient écrit ne se perdit pas. Il fut entièrement recueilli et reconstitué dans des écrits dont la plupart nous sont parvenus. Mohammed Ben Ishaq, mort en 152, fut le premier parmi ceux qui écrivaient la biographie du Prophète
et le plus important.Ibn Sayyed An-Nas parle d'Ibn Ishaq dans l'introduction de son livre "'ouyoun Al Athar" :
«Le livre de Mohammed Ben Ishaq : «Al Maghazi», ne nous est pas parvenu tel quel mais révisé par Abou Mohammed Ben 'Abd-Al-Malek, plus connu sous le nom de Ibn Hicham, qui nous en donna une nouvelle version cinquantant ans après sa composition par Ibn Ishaq».
Ibn Khilikan affirme à ce propos :
«Ibn Hicham rassembla les récits se rapportant à la vie du Prophète
à partir du livre d'Ibn Ishaq «Al maghazi» après les avoirs révisés. La biographie ainsi reconstituée est attribuée à Ibn Hicham».Les sources auxquelles se référèrent les biographes du Prophète
sont les suivantes :1- La première source est le Livre de Dieu : il représente la première référence qui fournit les traits caractéristiques de la biographie du Prophète, et les principales étapes de sa mission dans un style pur, spécifique du Coran.
2- Les livres se rapportant à la Tradition du Prophète
(paix et prière sur lui), écrits par les imams qui sont connus pour leur objectivité et leur profond attachement au vrai, citons, entre autres, le Mouwata' de l'imam Malek et le Mousnad de l'imam Ahmed. Ces livres visaient surtout à faire connaître les déclarations du Prophète
et ses décisions majeures sur le plan de la législation, non pas autant que faits concernant la marche de l'histoire. Aussi ces livres ne respectent-ils jamais la suite chronologique des évènements qui jalonnent la vie du Prophète
(paix et prière sur lui).3- Les rapporteurs qui s'intéressaient à la vie du Prophète
en général, dont un grand nombre étaient de ses compagnons. Ces derniers avaient l'habitude de relater oralement tout évènement de la vie du Prophète
desquelles ils étaient témoins, mais sans prendre la peine de les noter par écrit ou de les rassembler. On doit distinguer entre celui qui note les évènements, les enregistre passivement, et celui qui les reconstitue. L'enregistrement des évènements existait au temps du Prophète
(paix et prière sur lui), témoin de Tradition du Prophète
qui rapporte ses faits et paroles. Mais la reconstitution des évènements ne parut que beaucoup plus tard.La méthode scientifique appliquée à la biographie du Prophète :
Écrire une biographie du Prophète
implique la détermination des dates des évènements de sa vie qui sont en eux-mêmes des points de repères marquant le début d'une série d'évènements qui en découlent.Quelle est la méthode que les biographes du Prophète suivirent pour reconstituer les évènements et les dates ?
Les biographes du Prophète
adoptèrent une méthode que l'on qualifie aujourd'hui d'objective. Cela veut dire qu'ils ne retinrent de la vie du Prophète
que les faits bien établis et confirmés selon des mesures scientifiques représentées par les règles de la terminologie de la Tradition considérée dans son fond et et sa forme et les règles selon lesquelles les biographes opèrent des changements et des suppressions dans les textes rapportés ou traduits. Ils s'arrêtent aux faits ainsi retenus tels quels en les considérant en eux-mêmes, objectivement, non à travers leurs propres sentiments et les tendances de leur milieu. Ils jugent l'évènement historique établi selon des règles scientifiques extrêmement précises comme une vérité sacrée, qu'il fallait révéler telle quelle. Les biographes se méfient énormément des interprétations personnelles qui reflètent souvent les sentiments et le milieu environnant trahissent un fanatisme non avoué, altèrent les faits et les déforment.La biographie du Prophète
qui nous est parvenue a été écrite avec une parfaite objectivité et selon des règles scientifiques. Elle relate sa naissance, sa lignée, son enfance, son adolescence, sa jeunesse, sa mission et les révélations que Dieu lui fit. Elle nous décrit son caractère, sa sincérité, sa fidélité, les miracles que Dieu accomplissait par son intermédiaire, les différentes étapes par lesquelles il passa dans l'exercice de sa mission en exécutant les ordres de Dieu : les périodes de paix alternant avec les périodes de menaces et de guerre dans le but de répandre l'islamisme. Elle nous fait part de ses jugements, de ses principes et des lois qui lui ont été révélées réunis dans un Coran inimitable que l'on récite et des hadiths que l'on commente et interprète.Le travail de l'historien consistait donc à transmettre les faits d'une façon objective et scientifique en maîtrisant les sources et l'enchaînement des événements.
Dégager le sens de l'histoire et les leçons que l'on peut en tirer n'est en aucune façon le travail de l'historien qui se borne à reconstituer scientifiquement les faits et ne fait que les constater. Dégager le sens de l'histoire, c'est encore un travail scientifique distinct, impliquant à son tour une méthode précise et des règles susceptibles de tirer des évènements des principes et des conclusions adéquates, dans un esprit scientifique éloigné de toute illusion et de l'aveuglément des tendances et des penchants que William James désigne par l'expression : «La volonté de croire».
Citons parmi ces règles scientifiques : le raisonnement inductif, la loi de l'observance sous ses différents aspects et les différentes sortes de sémantiques.. etc...
Les biographes dégagent la morale des évènements en prononçant des jugements de valeur appréciant les croyances et les certitudes, les lois et les actes, et qui se distinguent complètement des jugements de réalité de l'historien qui ne fait qu'enregistrer les dates et constater les faits sans en juger les sens.
Ces jugements de valeur sont toutefois absolument objectifs et s'appliquent à des faits historiques authentiques, établis à leur tour sur des bases scientifiques.
La biographie du Prophète
à la lumière des différentes méthodes de narration de l'histoire :Au dix-neuvième siècle, plusieurs méthodes de narration de l'histoire firent leur apparition, au côté de la méthode objective ou ce qu'on appelait le système scientifique. La plupart de ces nouvelles théories suivent la méthode subjective dont Freud fut le principal promoteur. ceux qui poussent cette méthode à son extrême expliquent les évènements et jugent les personnages à travers leur propre façon de voir, selon leurs convictions politiques et religieuses, car pour eux, le travail de l'historien n'est pas la simple compilation des faits dans leur nudité.
Selon cette manière de voir, écrire l'histoire, c'est faire une oeuvre d'art qui n'a rien de commun avec la science.
Nous ne nous proposons pas ici de critiquer les théoriciens de l'histoire; mais nous ne pouvons pas nous empêcher d'exprimer notre regret de voir ce subjectivisme gagner des adeptes dans un siècle caractérisé par un grand essor scientifique et le respect de l'objectivité. Le subjectivisme est capable de détruire les faits demeurés intacts dans ce qu'ils ont d'éternel et de sacré, pour s'offrir à toutes les générations. L'historien féru de cette théorie défigure le fait historique par son fanatisme et son égocentrisme, ne voyant dans l'objet que le reflet de son moi avec ses passions et ses haines. Que de vérités ont été déformées, d'évènements rabaissés, de gloires ternies, et d'innocents opprimés par ces jugements faux et injustes qui répugnent de voir l'objet en lui-même, dans sa nudité !...
Cette nouvelle théorie de l'histoire a-t-elle influencé les biographes du Prophète
? En fait, cette nouvelle théorie fut la base d'une nouvelle école dans la façon d'étudier et de comprendre la biographie du Prophète
chez un grand nombre de chercheurs. Comment cette école vit-elle le jour ? Quels en furent les facteurs déterminants et quel est son sort aujourd'hui ?Cette école fut fondée en Égypte sous la domination britannique. l'Égypte était alors le porte-parole du monde islamique. Quiconque désirait s'enquérir de l'Islam, s'adressait à ce centre d'information, comme celui qui voulait prier ou faire un pèlerinage, devait s'orienter vers la ka'ba.
Le rôle important de l'Égypte dans le monde islamique inquiétait sans cesse le colonisateur britannique. Ce dernier savait que sa domination n'était que temporaire malgré qu'elle s'étendait sur toute la vallée du Nil, alors qu'El Azhar jouissait d'une immense influence. Par suite, les Anglais durent recourir à l'une des deux solutions suivantes en vue de neutraliser cette influence;
La première solution à opérer un divorce entre El Azhar et la communauté musulmane de sorte qu'il perdit sur elle toute son autorité.
La seconde solution fut d'essayer de s'infiltrer jusqu'au centre d'El Azhar d'où partaient tous les ordres et les directives et s'efforcer de le rallier à l'occupant. Les instructions d'El Azhar serviraient du même coup les intérêts de l'occupant qui en serait définitivement rassuré.
L'Angleterre n'hésita guère à opter pour le second choix, étant donné qu'il est plus diplomatique et plus facile à exécuter.
Or la seule voie qui s'ouvrait devant cette infiltration vers le centre culturel et scientifique d'El Azhar était d'exploiter ce qui constituait le point faible de la communauté musulmane, y compris l'Égypte; la prise de conscience d'un sous développement sur plusieurs plans face à l'extraordinaire essor de l'Occident dans les domaines intellectuel, scientifique et culturel. Les musulmans guettaient le jour où ils pourraient vaincre les facteurs de ce sous-développement et participer à cet essor de la civilisation et de la science moderne.
Le colonisateur réussit par la ruse qui le définit à se rallier quelques dirigeants de l'opinion en Égypte; et ce, en s'appuyant sur l'argument suivant :
L'occident ne se libéra de son immobilirisme que le jour où il soumit la religion à la science. la religion est une chose, et la science en est une autre; ils ne peuvent se rendre service qu'en soumettant la première à la seconde. Si le monde musulman tient vraiment à se libérer, il ne peut que suivre la même voie en comprenant l'Islam de la façon dont l'Occident a compris la Chrétienté. Ceci n'est réalisable qu'à condition que la pensée musulmane se débarrasse de tous les mystères de la religion qui ne peuvent se soumettre aux critères de la science moderne.
Tous ceux que la civilisation européenne avait éblouis ne tardèrent pas à apprécier cet objectivisme étroit et dégradant, incapable à la fois de saisir le sens véritable de la foi et la valeur réelle de la science. Ils prônèrent le rejet de toute doctrine mystique que la science ne peut comprendre ni expérimenter et entreprirent ce qu'on appela plus tard la réforme de la religion. Il s'agissait selon eux de faciliter la compréhension de la biographie du Prophète en l'analysant suivant une méthode nouvelle qui ne s'applique guère aux choses occultes et au monde invisible que la science ignore ou rejette. Le subjectivisme fut pour eux la méthode rêvée pour arriver à leurs fins.
Plusieurs biographies du Prophète
firent leur apparition, échangeant les règles objectives et précises de la Tradition contre des conclusions personnelles et arbitraires qui satisfaisaient les penchants et les désirs de leurs auteurs.S'appuyant sur cette méthode, les biographes évitèrent de relater tous les évènements de la vie du Prophète qui sortaient de l'ordinaire, ceux qui faisaient partie des miracles ou présentaient un aspect occulte, mystérieux. Ils se mirent à attribuer au Prophète
des qualités rares, tels que le génie, la grandeur, l'héroïsme, voulant par là détourner l'attention du lecteur des capacités du Prophète
qui tiennent du miracle et qui constituent le fond de sa personnalité, telles le pouvoir de recevoir des révélations de Dieu, de se charger d'une mission divine et de faire des prophéties.Le livre de Hossein Haykal intitulé «La vie de Mohammed» est très représentatif à cet égard. Son auteur exprime non sans prétention son intention par ces mots : «Je n'ai pas tenu compte des textes de la Tradition, car j'ai préféré suivre dans mes recherches une méthode scientifique» !
Cette nouvelle manière d'envisager la vie du Prophète
transparaît à travers les articles que feu Mohammed Farid Wajdi publia successivement dans la revue : «Lumière de l'Islam» et dans lesquels il affirme : «Il est évident que j'évite d'expliquer les évènements par la notion du miracle tant que je peux les justifier par des causes habituelles, quoique de façon un peu artificielle».Cette méthode est illustrée de même par un grand nombre d'écrits se rapportant à la vie du Prophète
publiés par un groupe d'orientalistes dans le cadre de leurs travaux historiques, et rédigés dans le même esprit accusant le subjectivisme précédemment décrit.Nous les voyons faire l'éloge de Mohammed
(paix et prière sur lui), en insistant sur des qualités humaines très éloignées du pouvoir de prophétie ou de la grâce de recevoir des Révélations. Ces auteurs évitent de se référer aux données de la Tradition qui confirmant les événements et les faits qui ne servent pas leurs intérêts.Ainsi, les promoteurs de cette nouvelle école ont trouvé dans le subjectivisme la méthode idéale, leur permettant de rejeter des faits certains, établis scientifiquement, pour la seule raison qu'ils ne leur convenaient pas, en analysant les évènements selon leurs tendances personnelles et leurs visées lointaines, et en s'érigeant en juges suprêmes des faits.
Tout évènement sortant de l'ordinaire relaté dans la Tradition et dans le Coran renvoie, quoique de façon détournée, avec recherche et astuce à un fait coutumier ou du moins bien établi. Citons des exemples à l'appui :
- Les oiseaux en volées symbolisent la variole.
- Le voyage nocturne dont parle le Coran traduit le monde des visions et les pérégrinations de l'âme.
- Les anges qui vinrent à la rescousse des musulmans au cours de l'expédition de Badr symbolisent la providence dont ils bénéficiaient dans les moments critiques.
Le comble du ridicule réside dans la façon avec laquelle ces adeptes du subjectivisme expliquent le caractère prophétique de la vie de Mohammed
(paix et prière sur lui), l'adhésion inconditionnelle de ses disciples et les conquêtes islamiques. Selon eux, tout cela ne fut que l'expression de la révolte de la gauche contre la droite, provoquée par les tendances économiques, visant de meilleures ressources et une plus grande expansion, et soulevée par les pauvres en réaction aux riches et aux seigneurs féodaux !...Cette façon d'envisager la biographie du Prophète et l'histoire en général trompa des musulmans naïfs et gagna la faveur des hypocrites et hétérodoxes. Les gens crédules ne purent réaliser que le but du colonisateur, loin de réformer la doctrine musulmane, visait à la miner de l'intérieur.
Cette catégorie de personnes ne se rendait pas compte qu'en supprimant de l'Islam tout ce qui fut révélé, on le privait de l'essentiel de son âme et l'on y ajoutait ce qui était censé de défigurer, le détruire dans son ensemble; car la révélation divine, source de l'Islam, constitue en elle-même le miracle par excellence. Celui qui rejette tout évènement de la biographie du Prophète
qui sort de l'usage ordinaire, sous prétexte qu'il ne répond pas aux critères de la science moderne, devrait nécessairement rejeter, de façon plus catégorique et par les mêmes arguments, la révélation divine et tous les enseignements qui en découlent, à savoir, la résurrection des corps, le Jugement dernier, le Paradis, l'Enfer.Ces prétendus réformateurs ont oublié qu'une religion vraie n'a pas besoin d'être réformée, ou modifiée dans son essence; ce qui est évident pour celui qui fait preuve de logique et d'Objectivité. Malheureusement, ces réformateurs fascinés par le grand essor de la science moderne, n'en retinrent que les slogans et le retentissant vocabulaire et se montrèrent incapables de comprendre l'objet réel de la science et ses méthodes, ce qu'il y a derrière ces slogans; ils n'avaient em tête que de «réformer» la doctrine de l'Islam à l'instar de la doctrine chrétienne.
Cette nouvelle école que nous avons décrite brièvement prône une méthode non pas réflexe, mais impulsive et irraisonnée.
Le sort de cette école aujourd'hui :
L'intérêt que cette école suscita chez certains biographes a été passager, superficiel, commandé par les évènements. Ces biographes ont été fascinés par l'extraordinaire essor de la science en Europe après une période de stagnation. Il est naturel que la lumière éblouisse des yeux habitués à l'ombre et les empêche de bien distinguer les choses. Après un certain temps, les yeux reprennent leur acuité visuelle. C'est effectivement ce qui arriva. La génération cultivée et éveillée suit aujourd'hui les critères authentiques de la science et non ses faux slogans. Cette génération a vu avec la perspicacité du chercheur, la profondeur et l'abnégation du penseur, que les miracles et les choses extraordinaires ne vont pas à l'encontre des vérités scientifiques et de leurs critères. Les évènements qui sont dits extraordinaires, sont des évènements inhabituels, inaccoutumés, peu communs. Il n'est pas donné à l'habituel de représenter le critère objectif du possible, car cela reviendrait à dire que tous les évènements qui se produiront sont familiers et coutumiers et que les évènements que l'homme n'est pas habitué à voir ne se produiront jamais.
Tout chercheur, tout homme cultivé sait que le relation entre la cause et son effet est une relation de concomitance à partir de laquelle le savant établit la loi, qui est ainsi déduite de cette relation. La ici suit donc cette relation et non l'inverse, elle traduit cette relation.
Si l'on demande au savant son avis sur les miracles, sa réponse sera que les miracles sortent du domaine de sa spécialisation, et qu'il ne peut dans ce cas les juger. Mais s'il m'est donné d'observer tel ou tel évènement, j'en donnerai un compte-rendu exact et objectif et l'exprimerai par sa propre loi que traduit la modalité de son apparition.
Le temps où certains savants croyaient que la relation de cause à effet est une relation nécessaire et immuable est révolu. Pour les érudits musulmans, en particulier l'imam Al-Ghazali, la relation de cause à effet n'est qu'une relation de simultanéité : l'édifice de la science avec ses lois et ses théories s'élève sur ces relations de concomittances. Quant au secret de cette relation, Dieu seul le comprend, Lui qui a donné à chaque chose sa forme et qui gère l'univers. La science constate une relation donnée; elle en ignore la signification métaphysique. C'est ce qu'affirme avec une grande clarté le savant objectif et positiviste, David Hume.
Tout homme sage et raisonnable exige une seule condition essentielle pour admettre un fait habituel ou non habituel : c'est que ce fait lui parvienne selon des méthodes scientifiques s'appuyant sur des sources authentiques et conformément aux règles de la révision des évènements rapportés, au cas où celle-ci s'avère nécessaire ; décrire en détail ces méthodes qui établissent l'authenticité d'un fait n'est toutefois pas l'objet de notre travail.
Tout homme raisonnable et logique devrait s'étonner de ce qu'à déclaré Hossein Haykal dans l'introduction de son livre : «La vie de Mohammed».
«Je ne me suis pas référé à la Tradiction du Prophète
ni à ses biographies parce que j'ai préféré faire mes recherches suivant une méthode scientifique».Il nous rassure en affirmant qu'il n'a même pas consulté les «Sahih» d'Al-Boukhari et de Mouslim, pourtant réputés pour leur sérieux, de peur de léser la science !!
Selon lui donc, les récits de l'imam Al-Boukhari pourtant reconnus pour leur grande rigueur scientifique, en sont très éloignés, tandis que l'interprétation subjective et les conjectures problématiques obéissent aux critères de la science !
Ces prétendus réformateurs ne portent-ils pas les plus grands préjudices à la science !!
Comment étudier la vie du Prophète
à la lumière de ce qui précède :Mohammed
se présenta au monde dès son apparition dans las Péninsule Arabique, comme un Prophète chargé de prêcher la parole de Dieu et d'imposer à tous les hommes des devoirs et des principes - mission dont furent chargés les Prophètes qui l'avaient précédé - en précisant qu'il en fut le dernier. Mais il ajouta qu'il n'avait rien de divin et qu'il était tout simplement un homme présentant toutes les caractéristiques de l'humanité. Toutefois, il reçut la grâce, par l'intermédiaire de la Révélation de dévoiler aux hommes leur véritable identité, de situer pour eux le monde d'ici-bas par rapport au Royaume de Dieu dans le temps et l'espace et de leur apprendre leur sort inéluctable après la mort. Le prophète devait leur recommander de même de ne pas refouler leurs tendances auxquelles ils ne seraient renoncé, mais de les dominer, de les subordonner à des fins supérieures, qu'ils auraient librement choisies. Ils doivent consentir de leur plein gré et avec une grande conviction à ces principes qui leur sont imposés d'en Haut, comme ils ont dû accepter les contraintes extérieures du milieu physique et social.Le Prophète certifiait aux hommes à chaque occasion qui se présentait à lui, qu'il ne pouvait pas modifier la contenu de ces révélations et qu'il devait les communiquer à l'humanité entière telles que Dieu les lui fit. On lit à ce propos dans le Coran : "S'il nous avait attribué quelques paroles mensongères nous l'aurions pris par la main droite puis nous lui aurions tranché l'aorte et nul d'entre vous n'aurait été capable de s'y opposer" [Celle qui montre la vérité (Al- Haqqah), versets 44-47]
Mohammed
ne se fit pas connaître en tant que chef politique, démagogue ou promoteur d'un système précis. Durant toute sa vie, il n'agit jamais pour servir uniquement ses propres intérêts.Nous devons donc envisager la vie de Mohammed à travers l'image qu'il donna de lui-même aux hommes : celle d'un Prophète chargé d'une mission, afin de prouver l'authenticité de cette image et sa véracité. Cela nécessiterait sans doute l'étude des autres aspects de la personnalité du Prophète, mais dans leur rapport avec cette image qu'elles révèlent et traduisent concrètement et objectivement.
Il ne serait pas nécessaire de nous préoccuper de cet aspect de la vie du Prophète
sur lequel il voulut tant insister, s'il ne concernait pas notre destin, notre conduite dans la vie, notre liberté.Le Prophète
nous incite à réaliser notre moi en accomplissant nos devoirs sur les plans moraux et intellectuels; si nous nous dérobons à nos devoirs, nous éprouverons un vif regret et une grande souffrance.Ainsi, nous sommes étroitement concernés par la Mission du Prophète
(paix et prière sur lui), nous ne pouvons en parler à la légère !...Il est absurde de négliger cet aspect important de la personnalité de Mohammed
à travers lequel il se présenta aux aux hommes, afin d'en étudier minutieusement les autres aspects qui ne nous concernent guère, et qui n'ont aucun rapport avec la Mission de Mohammed
et sa qualité de Prophète. En effet, ne serait-il pas absurde qu'en écoutant Mohammed Ben Abdallah
nous parler de la mort et de la résurrection, du Paradis et de l'Enfer, nous détournions notre attention de ces questions vitales pour la fixer sur sa façon de s'exprimer, sur son éloquence ou son génie ??... Ce serait comme si, à la croisée du chemin, devant celui qui s'efforce de nous indiquer la bonne voie à suivre, nous n'écoutions pas ce qu'il nous dit pour observer plutôt la couleur de ses habits et son aspect extérieur !... et en parler ensuite longuement !La logique nous impose d'étudier la vie du Prophète
sous tous ses aspects : sa naissance, son caractère, sa vie personnelle et familiale, sa patience et sa lutte, ses combats, sa façon de traiter ses ennemis et ses amis, son attitude envers le monde avec ses tentations et ses artifices, en suivant une méthode scientifique, objective et précise.Cette étude de l'ensemble de la vie du Prophète
doit aboutir à la confirmation du don de prophétie de Mohammed et des révélations divines qu'il reçut au cours de sa vie. Nous serons ainsi parvenus, d'une façon objective, à établir la réalité des révélations, et à déduire avec certitude que les lois et les préceptes révélés n'ont guère été inventés par Mohammed
(paix et prière sur lui), mais que le Prophète nous les a communiqués tel que Dieu les lui a révélés. Venant de Dieu, ces lois acquièrent une importance énorme et s'imposent à nous avec force.Celui qui étudie la biographie du Prophète
, abstraction faite de ce don de Prophète et des révélations divines butera contre des énigmes qu'aucune analyse ne pourrait résoudre.Il s'interrogera par exemple devant le mystère des conquêtes musulmanes qui, au moyen d'un armement rudimentaire, mirent fin à la civilisation perse et au puissant empire byzantin.
Il s'étonna devant l'institution d'une législation perfectionnée dans la presqu'île arabique où l'analphabétisme sévissait et où la civilisation n'avait pas encore vu le jour, presqu'île arabique où la vie sociale était encore embryonnaire !... alors que les sociologues s'accordent pour affirmer que l’institution des lois dans la vie d'une nation suppose une maturité intellectuelle et culturelle de la part de cette dernière, et un système d'organisation sociale très élaboré.
Ce sont là des mystères qu'on ne peut élucider dans le cadre des explications matérialistes. Que de chercheurs se sont efforcés d'expliquer ces miracles d'un point de vue matérialiste et ont lamentablement échoué !
Pourtant, nous pouvons facilement trouver une solution à ces énigmes; et ce, en envisageant la vie du Prophète
avec objectivité et logique, et en considérant l'image que Mohammed
donna de lui-même aux hommes, comme étant celle d'un Prophète chargé d'une mission, et l'axe autour duquel tournent tous les évènements de sa vie.L'étude objective des différents aspects de la vie de Mohammed
confirme le fait qu'il est l'Envoyé de Dieu ; et ressoude toutes les énigmes citées plus haut.Dieu révéla ses propres lois à Mohammed
, Son Prophète, dont la mission était de les transmettre aux hommes telles quelles. Ainsi, les lois tant élaborées citées dans le Coran sont l'oeuvre de Dieu, non celle d'une nation analphabète : il n'y a donc pas lieu de s'en étonner.De même, Dieu dit aux croyants : «Ne vous laissez pas battre, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais croyants» (La famille d'Imran (Al-Imran), verset 139)
«Mais Nous voulions favoriser ceux qui avaient été faibles sur terre et en faire des dirigeants et en faire les héritiers» (Le rècit (Al-Qasas), verset 5)
«(Et rappelez-vous) le moment où vous imploriez le secours de votre Seigneur et qu'Il vous exauça aussitôt : ‹Je vais vous aider d'un millier d'Anges déferlant les uns à la suite des autres. Allah ne fit cela que pour (vous) apporter une bonne nouvelle et pour qu'avec cela vos coeurs se tranquillisent. Il n'y a de victoire que de la part d'Allah. Allah est Puissant est Sage.» (Le butin (Al-Anfal), versets 9,10)
Dès lors, tout s'éclaire, la victoire des musulmans s'explique, car Dieu qui dirige le monde, a donné la victoire à ceux qui ont suivi Sa voie.
Ce serait incompréhensible, si Dieu avait promis la victoire à son Prophète et son aide aux croyants et que le miracle de cette victoire ne s'était réalisé.
Dr. Mohammad S. R. Al-Bouti - Traduit par : Z. Diab - Revu par Fawzi Chaaban
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